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  • Les Bienveillantes

    Le 21/09/2009 à 15:01LireCommentaires (0)Ajouter un commentaire

    Un peu loin de l'actualité littéraire... Mais le titre de l'ouvrage sonne déjà presque comme celui d'un classique, ou du moins d'un monument : les bienveillantes m'ayant surplombé du haut de leurs 900 pages - et quelques - j'ai gravi l'obstacle ! Ce roman ayant été abondamment commenté, mes idées n'apporteront certainement rien de nouveau aux éloges, critiques acerbes et autres remarques érudites dont il a été couvert. Juste un point de vue de lecteur...

    J'y ai d'abord vu l'histoire d'un homme. On peut certes le mettre au second plan, l'enfouir sous le symbole qu'il représente : l'officier Nazi, le bourreau, le SS; il n'en reste pas moins que le roman est avant tout le récit d'une partie de sa vie. Commencé par la fin, avec ce regard froid et sans complaisance qu'il porte sur son passé, il emprunte ensuite le chemin tourmenté d'un individu qui parcourt l'Europe au coeur de sa période la plus noire et la plus violente. On découvre peu à peu sa personnalité, ses moeurs - plutôt dissonantes par rapport à ce qu'on peut appeler la moralité - son passé, jusqu'à l'enfance; on l'accompagne sur les routes qu'il parcourt dans le sillage de la Wehrmacht, dans ses missions, au fil de ses rencontres. On le voit balloté par les évènements de la guerre et les convulsions de sa propre organisation politique. Au delà de l'intérêt historique, au-delà de la gageure que représentait la description de la deuxième guerre mondiale vue du côté des Nazi - et en particulier des SS - l'un des défis de ce roman-fleuve est à mes yeux remporté par l'auteur : qu'on le comprenne ou pas, qu'on soit écoeuré par ses perversions, qu'on s'étonne de sa chance, quoi qu'il lui arrive, on est emporté par ce Maximilien Aue, on sort du livre en le connaissant si intimement qu'on en est mal à l'aise.

    Cela me semble un des points essentiels pour que le ressort du roman fonctionne : pour montrer les évènements sous l'angle des "méchants", il faut qu'on soit dans la peau de l'un d'entre eux ! Avec Aue, on évite les clichés : loin de ressembler à un meurtrier sanguinaire, il est là pour faire le job (voir à ce sujet mon billet sur "le message à Garcia"). Dans la mesure où il a adhéré aux idées globales du nazisme - avec  des doutes, des interrogations, des réprobations partielles - il en devient un acteur qui met toute son intelligence et sa rigueur au service des missions qui lui sont confiées. Que ces missions soient l'élimination d'une partie de l'humanité ne le perturbent finalement pas beaucoup plus que de construire des hôpitaux... Il souffre d'ailleurs plus des absurdités du système et de la gabegie qui règne parfois dans les camps que de l'horreur que constitue la solution finale. Le fait de le comprendre du plus profond de son âme permet alors de faire passer au second plan le contexte historique et de se plonger réellement dans les vraies questions : si l'on se regarde soi-même (ce que le narrateur nous invite à faire au début du roman), est-on capable de répondre sans hésiter qu'on n'aurait pas agi de la même façon ? Quelle armure morale nous aurait permis de tenir face à l'ouragan de la guerre et de la folie meurtrière ? Comment une société peut-elle se construire avec suffisamment de force et de valeurs pour être intrinsèquement incapable de perpétrer une telle barbarie ?

    Pour conclure, Les Bienveillantes est un roman prenant, déconcertant, où l'on peut parfois se lasser - mais comme l'a dit un critique, l'ennui ne contribue-t-il pas aussi au plaisir ? Dire qu'il s'agit du récit de la Shoah vu du côté des bourreaux, car c'est ainsi que le livre est généralement présenté, ne me paraît pas si exact. L'extermination des juifs d'Europe sert en effet de trame de fond, elle donne l'ossature au roman qui suit les évènements historiques, mais sur le fond, c'est le drame humain qui prime : à mes yeux, c'est grâce à ce point de vue que l'auteur nous renvoie à nous-mêmes.

  • Gaza : miroir de l'inhumanité ?

    Le 08/01/2009 à 11:44ActualitésCommentaires (0)Ajouter un commentaire

    L'offensive israëlienne à Gaza s'intensifie, les efforts diplomatiques de la communauté internationale n'y changent pas grand chose, et des tirs de roquettes depuis le sud Liban font même craindre l'ouverture d'un second front dans cette guerre... Une fois de plus dans cette région, les armes parlent. Mais peut-il en être autrement ? Pourquoi continue-t-on de se bercer d'illusions en pensant qu'un "processus de paix" qu'une "feuille de route" que des "résolutions de l'ONU" ou tout autre hochet que nous brandirions pourrait un jour éteindre cet incendie permanent qui ne s'arrêtera probablement que par manque de combustible - et en l'espèce ce sont les hommes et les femmes de Palestine et d'Israel qui servent de fuel !

    Sans jugement aucun sur le bien-fondé des actes des différents protagonistes de cette sombre tragédie, il semble que le monde en soit réduit à jouer les spectateurs d'un drame annoncé. Comme l'écrivait déjà Benjamin Schwartz sur le site de The Atlantic en mai 2005, "il y a peu d'endroits dans le monde où les conditions exigeraient que deux peuples développent une relation symbiotique, et il n'y a pas d'autre endroit où les chances de construire une telle relation paraissent aussi éloignées". Désespérant, désespéré... Certes. Mais la démographie et la géographie plaident pour le pessimisme : même si Israël se repliait dans ses frontières les plus étroites pour éviter d'être subjugué par la masse des palestiniens, peu à peu la population arabe israëlienne prendra le dessus en nombre. Deux peuples, une terre ! Quel exemple avons-nous dans l'histoire où cela a marché ?

    Comment espérer alors, et pourquoi espérer ? Dans vingt ans combien de plans de paix et d'accords auront-ils été signés et rompus ? Mais on y croit toujours un peu. Selon ses penchants on plaint les palestiniens opprimés et privés de terre, ou les israëliens victimes de la barbarie terroriste... Et on veut croire que la raison peut l'emporter. On a bien vu que parfois çà marche : après s'être copieusement massacrés au cours de deux guerres mondiales - et pendant les quelques siècles qui ont précédé, mais avec seulement un peu moins d'efficacité - les peuples européens ont réussi à fonder les bases d'une Union et à vivre en paix. Des colonies ont gagné leur indépendance sans déclencher de guerre de libération. Oui certes. Mais où a-t-on vu que deux peuples que tout oppose et dont les religions - l'âme, l'esprit, les bases de la civilisation quoi qu'on en dise - sont utilisées de façon aussi antagonistes, que deux peuples qui ont accumulé un siècle de rancoeurs et de haines parviennent à vivre ensemble ?

    Faudra-t-il un holocauste de plus pour qu'enfin la raison l'emporte ? On ne peut que le craindre. Et quand on parle d'holocauste, on ne peut savoir qui en sera la victime... dans une région ou les armes nucléaires essayent de se disséminer, la liste des perdants peut être longue ! Peut-être est-ce pour cela qu'on veut croire à une solution pacifique : parce que finalement nous avons tous à perdre dans cette histoire. Et d'abord parce que l'humanité a beaucoup à y perdre : n'aurions-nous lentement évolué et progressé que pour sombrer dans une barbarie encore plus écoeurante ? Oui on a intérêt à croire que tout peut s'arranger !

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