Festival de l'Imaginaire Aïcontis 2009 à Noilhac
Le festival de l'imaginaire est organisé tous les deux ans dans l'un des Villages du Midi Corrèzien. L'édition 2009 vient de se dérouler les 3 et 4 octobre à Noailhac. Sous un soleil radieux, fées et farfadets se sont bousculés dans les ruelles et sur la place de l'Eglise pour s'entendre conter de belles histoires, pour découvrir les créations des auteurs et illustrateurs, bref pour passer un bien sympathique moment de rêve... Pour en savoir plus sur cet évènement, rendez-vous sur le site internet de l'association organisatrice :
Et rendez-vous dans deux ans !
Un peu loin de l'actualité littéraire... Mais le titre de l'ouvrage sonne déjà presque comme celui d'un classique, ou du moins d'un monument : les bienveillantes m'ayant surplombé du haut de leurs 900 pages - et quelques - j'ai gravi l'obstacle ! Ce roman ayant été abondamment commenté, mes idées n'apporteront certainement rien de nouveau aux éloges, critiques acerbes et autres remarques érudites dont il a été couvert. Juste un point de vue de lecteur...
J'y ai d'abord vu l'histoire d'un homme. On peut certes le mettre au second plan, l'enfouir sous le symbole qu'il représente : l'officier Nazi, le bourreau, le SS; il n'en reste pas moins que le roman est avant tout le récit d'une partie de sa vie. Commencé par la fin, avec ce regard froid et sans complaisance qu'il porte sur son passé, il emprunte ensuite le chemin tourmenté d'un individu qui parcourt l'Europe au coeur de sa période la plus noire et la plus violente. On découvre peu à peu sa personnalité, ses moeurs - plutôt dissonantes par rapport à ce qu'on peut appeler la moralité - son passé, jusqu'à l'enfance; on l'accompagne sur les routes qu'il parcourt dans le sillage de la Wehrmacht, dans ses missions, au fil de ses rencontres. On le voit balloté par les évènements de la guerre et les convulsions de sa propre organisation politique. Au delà de l'intérêt historique, au-delà de la gageure que représentait la description de la deuxième guerre mondiale vue du côté des Nazi - et en particulier des SS - l'un des défis de ce roman-fleuve est à mes yeux remporté par l'auteur : qu'on le comprenne ou pas, qu'on soit écoeuré par ses perversions, qu'on s'étonne de sa chance, quoi qu'il lui arrive, on est emporté par ce Maximilien Aue, on sort du livre en le connaissant si intimement qu'on en est mal à l'aise.
Cela me semble un des points essentiels pour que le ressort du roman fonctionne : pour montrer les évènements sous l'angle des "méchants", il faut qu'on soit dans la peau de l'un d'entre eux ! Avec Aue, on évite les clichés : loin de ressembler à un meurtrier sanguinaire, il est là pour faire le job (voir à ce sujet mon billet sur "le message à Garcia"). Dans la mesure où il a adhéré aux idées globales du nazisme - avec des doutes, des interrogations, des réprobations partielles - il en devient un acteur qui met toute son intelligence et sa rigueur au service des missions qui lui sont confiées. Que ces missions soient l'élimination d'une partie de l'humanité ne le perturbent finalement pas beaucoup plus que de construire des hôpitaux... Il souffre d'ailleurs plus des absurdités du système et de la gabegie qui règne parfois dans les camps que de l'horreur que constitue la solution finale. Le fait de le comprendre du plus profond de son âme permet alors de faire passer au second plan le contexte historique et de se plonger réellement dans les vraies questions : si l'on se regarde soi-même (ce que le narrateur nous invite à faire au début du roman), est-on capable de répondre sans hésiter qu'on n'aurait pas agi de la même façon ? Quelle armure morale nous aurait permis de tenir face à l'ouragan de la guerre et de la folie meurtrière ? Comment une société peut-elle se construire avec suffisamment de force et de valeurs pour être intrinsèquement incapable de perpétrer une telle barbarie ?
Pour conclure, Les Bienveillantes est un roman prenant, déconcertant, où l'on peut parfois se lasser - mais comme l'a dit un critique, l'ennui ne contribue-t-il pas aussi au plaisir ? Dire qu'il s'agit du récit de la Shoah vu du côté des bourreaux, car c'est ainsi que le livre est généralement présenté, ne me paraît pas si exact. L'extermination des juifs d'Europe sert en effet de trame de fond, elle donne l'ossature au roman qui suit les évènements historiques, mais sur le fond, c'est le drame humain qui prime : à mes yeux, c'est grâce à ce point de vue que l'auteur nous renvoie à nous-mêmes.
Dans son nouveau roman, Paul Auster nous invite chez August Brill, un vieil homme handicapé par une blessure à la jambe. Ancien critique littéraire, August est à la fois protagoniste principal de l'histoire et démiurge d'un monde étrange. Dans ses efforts pour affronter les douleurs de son âme il invente des histoires, seul dans le noir. Naît alors dans son esprit une Amérique décalée, en proie à la guerre civile en plein XXIème siècle.
Dans un récit construit à côté de Brill, on découvre les fêlures de ce vieil homme : la perte de sa femme Sonia, décédée depuis peu, le divorce de sa fille Myriam, la mort du petit ami de sa petite-fille Katya... Dans une maison emplie de peine, les trois rescapés essaient de faire face. Sans grande illusion. On sent un abandon, une fuite dans les heures passées par le grand-père et sa petite-fille devant des films. Comment traverser la vie en portant de tels fardeaux ? Pour le personnage principal, l'issue passe par l'imaginaire : inventer des histoires. Celle qu'il nous conte dans la plus grande partie du roman, avec d'audacieux allers-retours vers la réalité douloureuse du narrateur, est une uchronie : un monde "parallèle" où l'Amérique est ravagée par la guerre et on un personnage improbable se débat pour comprendre. Arraché à notre monde, projeté dans les états indépendants, il apprend qu'il peut arrêter la guerre en tuant son auteur : un certain Brill, qui imagine l'histoire !
La boucle est bouclée. On passe du récit imaginaire aux discussions bien réelles de Brill avec sa petite-fille autour de "l'omniprésente absente", la défunte Sonia, sans heurt... comme si finalement ces deux univers étaient réellement liés. C'est pourtant dans les phases très réelles que l'émotion est la plus présente, où l'on voit la naissance d'un amour que l'on perçoit hors du commun mais qui s'abîme dans les errances de la vraie vie. On laisse alors volontiers Owen Brick, pauvre pantin trimbalé entre les dimensions de nos univers, à son destin malheureux.
Il est assez étonnant de retrouver chez un auteur plutôt généraliste des procédés de la littérature fantastique ou de science-fiction : l'uchronie, les univers parallèles et autres sont généralement l'apanage des auteurs de genre. On pense à Philip K. Dick (Le maître du haut château), Ray Bradbury, Greg Bear... Pourtant ici le procédé passe un peu au second plan. Certes la guerre, la mort, sont des évènements déclencheurs de l'intrigue et de l'écriture du roman, mais le coeur du récit reste l'homme face à ses erreurs, ses doutes, ses souffrances.
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