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  • Seul dans le noir - Paul Auster

    Le 04/02/2009 à 21:48LireCommentaires (0)Ajouter un commentaire

    Dans son nouveau roman, Paul Auster nous invite chez August Brill, un vieil homme handicapé par une blessure à la jambe. Ancien critique littéraire, August est à la fois protagoniste principal de l'histoire et démiurge d'un monde étrange. Dans ses efforts pour affronter les douleurs de son âme il invente des histoires, seul dans le noir. Naît alors dans son esprit une Amérique décalée, en proie à la guerre civile en plein XXIème siècle.

    Dans un récit construit à côté de Brill, on découvre les fêlures de ce vieil homme : la perte de sa femme Sonia, décédée depuis peu, le divorce de sa fille Myriam, la mort du petit ami de sa petite-fille Katya... Dans une maison emplie de peine, les trois rescapés essaient de faire face. Sans grande illusion. On sent un abandon, une fuite dans les heures passées par le grand-père et sa petite-fille devant des films. Comment traverser la vie en portant de tels fardeaux ? Pour le personnage principal, l'issue passe par l'imaginaire : inventer des histoires. Celle qu'il nous conte dans la plus grande partie du roman, avec d'audacieux allers-retours vers la réalité douloureuse du narrateur, est une uchronie : un monde "parallèle" où l'Amérique est ravagée par la guerre et on un personnage improbable se débat pour comprendre. Arraché à notre monde, projeté dans les états indépendants, il apprend qu'il peut arrêter la guerre en tuant son auteur : un certain Brill, qui imagine l'histoire !

    La boucle est bouclée. On passe du récit imaginaire aux discussions bien réelles de Brill avec sa petite-fille autour de "l'omniprésente absente", la défunte Sonia, sans heurt... comme si finalement ces deux univers étaient réellement liés. C'est pourtant dans les phases très réelles que l'émotion est la plus présente, où l'on voit la naissance d'un amour que l'on perçoit hors du commun mais qui s'abîme dans les errances de la vraie vie. On laisse alors volontiers Owen Brick, pauvre pantin trimbalé entre les dimensions de nos univers, à son destin malheureux.

    Il est assez étonnant de retrouver chez un auteur plutôt généraliste des procédés de la littérature fantastique ou de science-fiction : l'uchronie, les univers parallèles et autres sont généralement l'apanage des auteurs de genre. On pense à Philip K. Dick (Le maître du haut château), Ray Bradbury, Greg Bear... Pourtant ici le procédé passe un peu au second plan. Certes la guerre, la mort, sont des évènements déclencheurs de l'intrigue et de l'écriture du roman, mais le coeur du récit reste l'homme face à ses erreurs, ses doutes, ses souffrances.

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