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Retrouvez dans cette rubrique les billets des Chroniques d'Outre-temps, mes dernières lectures, les réactions aux évènements de l'actualité, des informations, des liens vers des sites qui ont attiré mon regard... Bon voyage !

Seul dans le noir - Paul Auster

Dans son nouveau roman, Paul Auster nous invite chez August Brill, un vieil homme handicapé par une blessure à la jambe. Ancien critique littéraire, August est à la fois protagoniste principal de l'histoire et démiurge d'un monde étrange. Dans ses efforts pour affronter les douleurs de son âme il invente des histoires, seul dans le noir. Naît alors dans son esprit une Amérique décalée, en proie à la guerre civile en plein XXIème siècle.

Dans un récit construit à côté de Brill, on découvre les fêlures de ce vieil homme : la perte de sa femme Sonia, décédée depuis peu, le divorce de sa fille Myriam, la mort du petit ami de sa petite-fille Katya... Dans une maison emplie de peine, les trois rescapés essaient de faire face. Sans grande illusion. On sent un abandon, une fuite dans les heures passées par le grand-père et sa petite-fille devant des films. Comment traverser la vie en portant de tels fardeaux ? Pour le personnage principal, l'issue passe par l'imaginaire : inventer des histoires. Celle qu'il nous conte dans la plus grande partie du roman, avec d'audacieux allers-retours vers la réalité douloureuse du narrateur, est une uchronie : un monde "parallèle" où l'Amérique est ravagée par la guerre et on un personnage improbable se débat pour comprendre. Arraché à notre monde, projeté dans les états indépendants, il apprend qu'il peut arrêter la guerre en tuant son auteur : un certain Brill, qui imagine l'histoire !

La boucle est bouclée. On passe du récit imaginaire aux discussions bien réelles de Brill avec sa petite-fille autour de "l'omniprésente absente", la défunte Sonia, sans heurt... comme si finalement ces deux univers étaient réellement liés. C'est pourtant dans les phases très réelles que l'émotion est la plus présente, où l'on voit la naissance d'un amour que l'on perçoit hors du commun mais qui s'abîme dans les errances de la vraie vie. On laisse alors volontiers Owen Brick, pauvre pantin trimbalé entre les dimensions de nos univers, à son destin malheureux.

Il est assez étonnant de retrouver chez un auteur plutôt généraliste des procédés de la littérature fantastique ou de science-fiction : l'uchronie, les univers parallèles et autres sont généralement l'apanage des auteurs de genre. On pense à Philip K. Dick (Le maître du haut château), Ray Bradbury, Greg Bear... Pourtant ici le procédé passe un peu au second plan. Certes la guerre, la mort, sont des évènements déclencheurs de l'intrigue et de l'écriture du roman, mais le coeur du récit reste l'homme face à ses erreurs, ses doutes, ses souffrances.

Gaza : miroir de l'inhumanité ?

L'offensive israëlienne à Gaza s'intensifie, les efforts diplomatiques de la communauté internationale n'y changent pas grand chose, et des tirs de roquettes depuis le sud Liban font même craindre l'ouverture d'un second front dans cette guerre... Une fois de plus dans cette région, les armes parlent. Mais peut-il en être autrement ? Pourquoi continue-t-on de se bercer d'illusions en pensant qu'un "processus de paix" qu'une "feuille de route" que des "résolutions de l'ONU" ou tout autre hochet que nous brandirions pourrait un jour éteindre cet incendie permanent qui ne s'arrêtera probablement que par manque de combustible - et en l'espèce ce sont les hommes et les femmes de Palestine et d'Israel qui servent de fuel !

Sans jugement aucun sur le bien-fondé des actes des différents protagonistes de cette sombre tragédie, il semble que le monde en soit réduit à jouer les spectateurs d'un drame annoncé. Comme l'écrivait déjà Benjamin Schwartz sur le site de The Atlantic en mai 2005, "il y a peu d'endroits dans le monde où les conditions exigeraient que deux peuples développent une relation symbiotique, et il n'y a pas d'autre endroit où les chances de construire une telle relation paraissent aussi éloignées". Désespérant, désespéré... Certes. Mais la démographie et la géographie plaident pour le pessimisme : même si Israël se repliait dans ses frontières les plus étroites pour éviter d'être subjugué par la masse des palestiniens, peu à peu la population arabe israëlienne prendra le dessus en nombre. Deux peuples, une terre ! Quel exemple avons-nous dans l'histoire où cela a marché ?

Comment espérer alors, et pourquoi espérer ? Dans vingt ans combien de plans de paix et d'accords auront-ils été signés et rompus ? Mais on y croit toujours un peu. Selon ses penchants on plaint les palestiniens opprimés et privés de terre, ou les israëliens victimes de la barbarie terroriste... Et on veut croire que la raison peut l'emporter. On a bien vu que parfois çà marche : après s'être copieusement massacrés au cours de deux guerres mondiales - et pendant les quelques siècles qui ont précédé, mais avec seulement un peu moins d'efficacité - les peuples européens ont réussi à fonder les bases d'une Union et à vivre en paix. Des colonies ont gagné leur indépendance sans déclencher de guerre de libération. Oui certes. Mais où a-t-on vu que deux peuples que tout oppose et dont les religions - l'âme, l'esprit, les bases de la civilisation quoi qu'on en dise - sont utilisées de façon aussi antagonistes, que deux peuples qui ont accumulé un siècle de rancoeurs et de haines parviennent à vivre ensemble ?

Faudra-t-il un holocauste de plus pour qu'enfin la raison l'emporte ? On ne peut que le craindre. Et quand on parle d'holocauste, on ne peut savoir qui en sera la victime... dans une région ou les armes nucléaires essayent de se disséminer, la liste des perdants peut être longue ! Peut-être est-ce pour cela qu'on veut croire à une solution pacifique : parce que finalement nous avons tous à perdre dans cette histoire. Et d'abord parce que l'humanité a beaucoup à y perdre : n'aurions-nous lentement évolué et progressé que pour sombrer dans une barbarie encore plus écoeurante ? Oui on a intérêt à croire que tout peut s'arranger !

De l'art ou du cochon

Une recommandation pour les longues soirées d'hiver, de celles où les neurones sont encore un peu actif malgré les abus de ces périodes festives (hé oui! malgré la crise, comme ils disent à la télé, les français continuent de manger, boire... Incroyable non ?) : une BD de Ptiluc qui met en scène une meute de cochons qui ne sont en fait que les réincarnations des grands hommes que la Terre a porté, de Napoléon à De Gaulle en passant par Mittérand pour les français, jusqu'à Néron, Hitler, Staline ou Churchill pour les internationaux !

Tous ces braves saucissons ambulants tentent d'échapper à l'extermination qui les menace : entre la grippe aviaire, la vache folle, la tremblante du mouton... les humains doutent de tous les animaux et les exterminent sans discernement ! Leur fuite les mènera à travers un monde dévasté jusqu'à une issue peu enviable.

Mais ce livre n'est pas - heureusement - qu'une suite de gags : si les grandes figures de l'histoire humaine sont réincarnées en porcs, c'est surtout pour chercher la rédemption ! Certains sont incorrigibles, d'autres doutent, mais tous, globalement courent joyeusement à leur perte avec la même certitude qu'ils ont mise à conquérir le monde au prix de massacres sanglants. Réflexion sur la société, sur la place de la religion, sur le rapport de l'homme à la nature... une BD qui tombe bien dans un monde en manque de repères !

Troisième volet de la Foire aux Cochons du même auteur : jubilatoire... 

Société du vent

Société du vent

Dans un monde où la tendance générale est à la tertiarisation des activités, quelle place reste-t-il pour les « producteurs » ? Plus une société est évoluée, riche, plus elle détruit les emplois de production –que ce soit en les délocalisant dans des pays plus pauvres ou en augmentant la productivité par un recours massif à l’automatisation. Au sein même des entreprises de production, l’enjeu est souvent de trouver tous les moyens de fabriquer moins cher, plus vite. Il faut rester compétitif.

De fait tout le monde y trouve son compte : dans une société de consommation de masse, chaque individu est satisfait de pouvoir acheter des biens à prix modique. Les pays aux coûts de main d’œuvre les plus faibles se transforment en ateliers et en usines géants, générant souvent des excédents pour leur balance extérieure et constituant des réserves de change importantes. Peu à peu ils progressent en terme d’intégration verticale, passant de simple sous-traitant ou fabricant à des process plus évolués, jusqu’à inclure la R&D. La nature des fabrications qui leur sont confiées évolue, gagnant des secteurs de haute technologie que se réservaient auparavant les pays les plus avancés.

La plupart des études réalisées dans les pays les plus riches montrent que la structure des emplois va continuer de se modifier pour aller vers des postes de plus en plus qualifiés et une portion de plus en plus réduite pour des emplois non qualifiés.

Peut-être connaîtrons-nous bientôt des sociétés quasi exclusivement basées sur des activités de services, de plus en plus virtuelles ? Quid alors de tous ceux qui ne pourront s’adapter à ces emplois ? Quid aussi du lien à la réalité ? Dans une société immatérielle, la quantité de richesses produites ne risque-t-elle pas d’être totalement déconnectée du monde réel et de générer de graves déséquilibres ? On a vu récemment comment l’irrationnel a généré des bulles spéculatives. Elles se sont multipliées ces dernières décennies : la richesse et les valeurs financières peuvent-ils croître indéfiniment sans lien avec les capacités tangibles de la planète et des individus qui la peuplent ? On peut surtout se demander comment faire évoluer le système et mettre en place les articulations et les régulations entre les sphères matérielles et immatérielles, quand on voit que l’intérêt immédiat du plus grand nombre et surtout des plus puissants ne va pas dans ce sens ?

Si la crise financière actuelle est surmontée, le monde repartira sur ses rails… Jusqu’à la prochaine crise… A moins que tout ne s’effondre comme un château de cartes ?

Crise financière et fin du monde

La fin du monde pour dans dix minutes...

[Crise financière] [LHC]

Des évènements graves secouent notre pauvre planète. Jamais dans l’histoire humaine la situation n’aura été si proche du chaos total. Armageddon ? Peut-être… A moins que l’humanité ne trouve les ressources pour éviter le pire !

Le 10 septembre 2008 entrait en action le puissant LHC (Large Hadron Collider), accélérateur de particules du CERN construit près de Genève. Après 14 ans de travaux et 8 milliards d’euros d’investissements, les premières particules entamaient leur voyage dans la grande boucle, accélérant progressivement pour frôler la vitesse de la lumière. Cet évènement a entraîné des réactions que d’aucuns qualifieront d’hystériques : procès à Hawaï pour arrêter la construction, crainte millénariste de voir la Terre absorbée par un trou noir généré dans la machine, jusqu’au suicide d’une jeune indienne qui refusait d’affronter la fin du monde ! La communauté scientifique s’est montrée très rassurante, confirmant que toutes les précautions techniques étaient prises pour éviter les accidents et niant qu’un trou noir puisse se développer suffisamment pour engloutir la planète.

Le 18 septembre 2008, le LHC était arrêté suite à une fuite d’hélium provenant d’un problème électrique. La panne s’est avérée assez sérieuse pour que le CERN annonce deux mois d’interruption du fonctionnement du LHC.

Des évènements sans lien apparent avec cette information se sont produits au cours de la même période : dans le courant du mois de septembre, de grandes banques ont vu leur valeur en bourse s’effondrer en raison de la fragilité de leur situation. La raison la plus évidente en est l’accumulation irraisonnée de produits financiers douteux basés sur le refinancement de biens immobiliers pour des particuliers non solvables. La réalité ne serait-elle pas bien plus inquiétante ? Ces gouffres financiers sont-ils apparus instantanément ? Ou y aurait-il un rapport entre la panne du LHC et la crise financière mondiale ?

Reconstituons les faits : lorsque le LHC est mis en service le 10 septembre, les premières phases de son utilisation sont réservées à des tests et des paramétrages. Donc les protons sont envoyés dans un seul sens et aucune collision n’est possible. Survient la panne : un dérèglement électrique, un changement brutal de direction et deux faisceaux de protons se percutent… Ce que beaucoup craignaient se produit : plusieurs « mini trous noirs » se forment et se dispersent à la surface du globe. Au début les effets sont peu perceptibles car ces phénomènes ne peuvent gagner en puissance qu’en absorbant de la masse : les cerveaux de jeunes candidats d’une émission de téléréalité musicale disparaissent, Kim Jong Il est emporté dans le néant, etc. Peu à peu les trous noirs se développent et voilà que ce sont des milliards de dollars, d’euros, de yens et d’autres qui disparaissent…

Encore quelques jours et plus rien ne sera contrôlable malgré les propos laudateurs de nos élites politiques et scientifiques ! Une fois atteinte une masse critique, les trous noirs nous absorberont tous et la planète avec…

Nous pouvons agir mais c’est urgent : pour compenser l’accroissement de la masse des trous noirs, il faut générer une quantité équivalente d’énergie positive. Envoyons à nos chers gouvernants si bien avisés pour dépenser notre argent tout ce qui pèse dans notre vie (dettes, impayés, voisin nocifs, collègues irritants...). La masse inutile ainsi constituée dans chaque capitale attirera les trous noirs qui se désagrègeront au contact de l'anti-matière. Quant aux citoyens ainsi soulagés de leur énergie négative, ils gagneront en bonheur et sérénité et ce sera l'avènement d'un monde nouveau !

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